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Ainsi que les fileresses de village, elle avait une quenouille attachée à son sein, et de ses doigts s'échappait un fuseau qui dévalait lentement au bout de son fil, glissant sur la pente ardoisée de la flèche, et remontait pour redescendre encore. Quelques notes tremblées, tantôt lugubres et tristes, comme les antiennes des morts, et tantôt alertes et joyeuses, comme un chant d'alouette. arrivaient affaiblies à l'oreille du voyageur, qui, précipitant ses pas, s'éloignait avec hâte.
On sait que les fées, assez familières souvent avec le voisinage, intervenaient volontiers dans les actes de notre existence, s'intéressaient à nos occupations et à nos travaux.
Il en était de même de la vieille petite fée. Lorsque, surpris par le sommeil, un marchand de bestiaux partait trop tardivement pour la foire ou le marché prochain, il essuyait en passant des reproches mérités. De là
haut partait une petite voix chevrotante et cassée qui lui criait d'un ton goguenard : Hé, paresseux tu t'es levé trop tard ; marché perdu rentre au logis.
Mais en revanche, à celui qui, plus diligent, partait à temps, elle criait : bonne chance. Et toujours, dit la légende, il arrivait à ce qu'elle avait annoncé.
Nul n'est parfait ici-bas, aussi bien les fées, paraît-il, que les humains ; et comme les gens ages, la bonne vieille avait ses manies. Une de
ses lubies consistait à vouloir qu'on la prévint, la veille au soir, quand on devait fondre la provision de graisse dans un ménage de la paroisse de Saint Martin. Pourquoi ? On ne l'a jamais su, mais c'était comme cela. Malheur à la ménagère qui négligeait de le faire ! Ce manque de déférence ne tardait guère à être puni. A peine la graisse bouillottait-elle doucement dans la grande marmite, placée dans un coin de l'âtre sur un lit de charbons, que la suie se mettait à pleuvoir de la cheminée, où l'on eut dit qu'un lutin faisait son sabbat. Et la ménagère, furieuse, grommelait après la vieille sorcière de fée, qui lui jouait ce mauvais tour.
Il n'y avait pas seulement que cette fée à Condé ; d'autres apparaissaient sur divers points de son territoire : dans le pré Moussard, au bord de la Druance, à la Roche-Callais, près de l'Aumonclière, et dans le vallon des Goulandes, à la Maisonnette aux fées, petite excavation maçonnée, maintenant disparue, pratiquée dans un talus d'un champ, surplombant le Pré aux Fées.
Aux environs, elles n'étaient pas moins nombreuses. C'est dans un carrefour voisin, dit des Epinettes, qu'elles venaient, dit-on, faire leur toilette trompeuse, se vêtir des rayons diaphanes de la lune de minuit, parer leur vieillesse, décrépite et hideuse, de la fraîcheur, des grâces et du charme de la jeunesse »
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